Nos Femmes Theatre Critique Essay

Peut-on accorder deux étoiles à une pièce mise en scène adéquatement, jouée par un excellent trio d'acteurs dans une belle scénographie? Oui, c'est même, dans le cas de Nos femmes, un devoir. 

La pièce d'Éric Assous a été présentée en France il y a trois ans. L'an dernier, son metteur en scène et acteur Richard Berry en a tiré un film qui a été fustigé par la critique parce qu'il traite d'un féminicide sur un mode comique.

Mais pourquoi donc monter ce texte au Québec, où les agressions physiques et sexuelles contre les femmes sont un sujet brûlant depuis quelques années déjà? 

Simon (David Savard) arrive en retard à une partie de cartes avec ses amis Max et Paul (Sylvain Marcel et Guy Jodoin) parce que, dit-il, il a tué sa femme en l'étranglant. Simon tente de convaincre ses potes de mentir pour couvrir son crime. Max s'y oppose fermement, tandis que Paul se laisse convaincre peu à peu par Simon.

Le débat qui suit entre Max et Paul, au sujet de leur ami endormi, comprend quelques échanges corsés qui évitent cependant la question de fond. La pièce d'Éric Assous était un boulevard au départ et elle présente ici, malgré quelques silences lourds de sous-entendus, un rythme et des ressorts essentiellement comiques. 

Michel Poirier tente tant bien que mal de transformer le texte en comédie dramatique. Il évite notamment de souligner au crayon gras les blagues convenues et les clichés au sujet des femmes colportés par la pièce française. Soit. Sylvain Marcel, Guy Jodoin et David Savard s'y prêtent de bonne foi. Ils ne sombrent pas dans la caricature. D'accord.

Reste que l'on peut et que l'on doit remettre en question leur décision de faire partie de ce projet douteux. D'autant plus que la polémique soulevée par l'adaptation au grand écran l'an dernier était bien connue. 

Au bout du compte, Nos femmes est une oeuvre qui banalise la violence faite aux femmes. C'est clair, net et sans appel. 

Le «meurtre» dont il est question reste au second plan tout au long de la pièce. Le vrai dilemme moral pour ces hommes dans leur caverne troglodyte se veut bassement égocentrique: être ou ne pas être un bon chum pour un de la gang qui est dans le trouble.

Après tout, comme dira Paul, «un mensonge qui apaise est moins grave qu'une vérité qui détruit».

Nos femmes n'apporte absolument rien au débat actuel sur la violence faite aux femmes, préférant le rire au respect, la légèreté à la réflexion. Malgré les efforts de la troupe pour tirer un bon sujet d'un mauvais, la pièce dégage un relent de machisme latent, pernicieux, nauséeux.

Manger de la pizza en s'ouvrant une bouteille de rouge pour débattre du dilemme existentiel «doit-on ou non dénoncer celui qui est notre ami depuis 30 ans et qui a malencontreusement tué sa femme?» est une situation totalement inacceptable. 

Alors, pourquoi?

* *

Nos femmes d'Éric Assous. Adaptation de Monique Duceppe. Mise en scène de Michel Poirier. Chez Duceppe, jusqu'au 3 décembre.

Max, Paul et Simon sont potes depuis 35 ans. Max est épisodiquement en couple, Paul marié depuis une éternité et Simon a épousé une femme aussi belle qu’insupportable. Ils se font régulièrement des soirées « entre potes ». Ce soir, c’est soirée cartes chez Max qui n’aime que les « chanteurs morts ». Paul est arrivé mais Simon se fait attendre. Quand il débarque enfin, avec 50 minutes de retard, c’est dans un état épouvantable. Il avoue à ses deux comparses avoir commis l’irréparable…

Alain Leempoel reprend la mise en scène de « Nos femmes », pièce drôlissime écrite par Eric Assous et créée par Richard Berry en 2013 – adaptée au cinéma, deux ans plus tard par le même Richard Berry. La version belge qui squatte les planches du superbe Théâtre des Galeries jusqu’au 8 octobre prochain, est portée par un trio d’acteurs au mieux de leur forme, Bernard Yerlès (Max), Bernard Cogniaux (Paul) et Alain Leempoel (Simon). Les dialogues, ciselés et jubilatoires, réussissent à ne jamais être outranciers malgré le sujet un peu casse-gueule. On rit souvent, on rit beaucoup – nos zygomatiques ne se sont toujours pas vraiment remis du rap exécuté Bernard Yerlès… – et on se surprend à être émus par ce trio de quinquas qui nous donnent une formidable leçon d’amitié.

« Nos femmes », d’Eric Assous, avec Bernard Yerlès, Alain Leempoel et Bernard Cogniaux. Mise en scène: Alain Leempoel. Au Théâtre des Galeries – 32, Galerie du Roi – 1000 Bruxelles. Infos et réservations: 02/512.04.07

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